Benoît Pouplard, invité d’honneur 2026

“Ressentir la matière en fusion sourdre sous la fracture du glacier

 

J’imagine le grondement primitif sous nos pas, la tragédie d’un paysage bleu, froid, qui transperce les os, où la glace a le pouvoir de vous écraser à tout moment, une référence à la peinture romantique de Caspar David Friedrich. Le feu démiurge du céramiste devient feu géologique, convoque la tectonique des plaques, découvre des vestiges proches du point de bascule. C’est une descente brutale dans l’anthropocène, une impression de vertige, au bord du précipice, sur le front du glacier, à l’aube d’une transformation soudaine de notre condition.

 

 

Penser comme un Iceberg

 

 

En triturant la matière émail céladon/porcelaine, j’essaie de la comprendre par le dedans, dans sa masse pleine, l’utilise pour ce qu’elle est. Je voudrais pétrifier dans l’instant la poétique de la matière céramique, que le feu révèlera. Il est question de chorégraphie du chaos, comme fin et commencement, de géomorphogénèse aussi.

 

 

Je travaille des matières liquides, à l’état de barbotine, que le moule “idée/forme” plutôt que “forme à part entière” soutient comme un exosquelette, le temps du séchage, avant la fusion à l’épreuve du feu. L’idée de changement d’état de la matière, de fusion des corps me porte. Penser la corporéité à partir de l’eau qui constitue principalement nos corps, du liquide, c’est devenir protéiforme, interroger la forme et l’informe. Liquide, notre expérience de nous-même est une invitation à devenir des corps qui ruissellent, fleuvent, dégoulinent et font flaque. 

 

Site internet : benoitpouplard.com